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  • Dana conduit en ruminant sa vie de mère solitaire. Marcus rêve de départ, Jonah de champions et de trophées qui éloignent sa peur. Deborah a le corps et la tête pleins d'avoir fait l'amour pour la première fois. La petite Vickie ne dit rien sur les genoux de Mamy Lee, grand-mère hantée par le faux calme du paysage, la violence des souvenirs, la fierté des combats passés qu'elle voit décliner dans les yeux des enfants.
    Ils sont un point minuscule sur une route bordée de champs de coton. Mais les voix d'une immense fatalité américaine.
    Ils sont partis pique-niquer à la rivière comme presque chaque jour tant il fait chaud l'été, en Louisiane. Ils sont partis après une descente de la police qui a fouillé au corps Marcus, le fils aîné, et retourné la maison. Ils sont partis noués, serrés les uns contre les autres dans la voiture. Arrivés au bord de la Red River, les plus grands se sont jetés joyeusement à l'eau. Ils n'en sont pas ressortis.
    Ce livre s'inspire d'un drame survenu au mois d'août 2010 à Shreveport, au nord de la Louisiane. Six adolescents sont morts noyés sous les yeux de leurs proches. Chacun voulait sauver l'autre. Aucun ne savait nager.
    Pourquoi les Noirs ne savent pas nager ? s'interrogeait-on à la radio le lendemain matin.

  • Les chagrins

    Judith Perrignon

    Il n'y a plus trace de rien, là-bas. On a déversé des tonnes de sable, vissé des balançoires, planté des arbres et décrété l'insouciance. Mais la mémoire complote. Les chemins serpentent. Le terrain fait des vagues. Le toboggan est habillé d'une tour qui ne guette plus rien. Sous le sable de ce square parisien, il y a la poussière et les secrets d'une prison de femmes. La Petite Roquette, détruite en 1973. Tout le monde a préféré l'oublier. Sauf Angèle.
    Nul ne lui avait jamais dit qu'elle était née ici, quelque part sous les balançoires, le 16 novembre 1967, un quart d'heure avant l'extinction des feux. Mais sa mère vient de mourir. Helena Danec 1945-2007. Femme sèche et silencieuse. Elle laisse des lettres reçues en prison, un vieil article de presse racontant son procès, et le nom de l'homme qu'elle aimait.
    Alors le passé ne demande qu'à surgir, qu'à faire entendre les vertiges de l'amour, la beauté d'une époque révoltée et la puissance de la musique. Il réclame des explications, il cherche et emprunte toutes les voix ; celle d'Angèle, celle de Mila sa grand-mère, celle d'un vieux journaliste qui en sait beaucoup plus long que ce qu'il avait écrit, et même celle de l'homme qui s'est enfui. Tous racontent l'histoire d'Helena. Son chagrin. Leurs chagrins.

  • « Arnold Duplancher croise la vie de Marianne Denicourt en 1990. Il n'est alors qu'un aspirant du cinéma qui cherche des acteurs pour son premier film. Elle vient faire des essais devant sa caméra, installe son fils et ses petits soldats dans un coin, puis commence. Duplancher, qui a appris à se souvenir des lieux, des gens, de ce qui se dit, connaît son histoire. Il est en manque d'histoire. C'est un chasseur de fantômes. Elle ne le comprendra qu'après, bien après. »   Mauvais génie est la réponse de Marianne Denicourt au prochain film de cet Arnold Duplancher, qui cache à peine la figure d'un réalisateur français en vogue. Il a fait des épisodes dramatiques de sa vie la trame grossière de son scénario. Elle y a retrouvé la mort à vingt ans du père de son enfant, l'agonie de son père, le visage de son fils. Alors elle lui répond, déshabille ce « prodige » du cinéma français de son verbe, de ses postures, de ses bons sentiments, et lui taille un costard.     

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