Pascal Hintermeyer

  • EUTHANASIE serait-elle l'ultime garantie de la dignité de la vie ? Cette question paradoxale est l'une des plus aiguës du début du IIIe millénaire.
    Plusieurs Etats occidentaux ont déjà modifié leur législation sur le sujet et un tabou semble vaciller. De fait, l'allongement de la durée de la vie et les progrès de la technique médicale bouleversent les données du " dernier passage ". N'allons-nous pas, sans le dire, vers une fin de vie interminable et déshumanisée ? Pascal Hintermeyer propose une mise au point indispensable en s'interrogeant sur ce qu'est " la bonne mort " et en expliquant ce qu'apportent les soins palliatifs.
    Il clarifie les termes de la discussion et plaide pour que ce dernier acte de l'existence ne soit pas laissé en friche.

  • Les images imprègnent le monde contemporain. Omniprésentes, elles se diffusent instantanément et ont des effets rapides et massifs. On en oublie qu'elles ne sont pas « immédiates ».
    Quel rapport, à la fois fasciné et distancié, entretenons-nous aux images ? Nos sociétés sont-elles idolâtres ou iconoclastes ? Comment les images contribuent-elles à notre connaissance des choses et du monde ?

  • Cet ouvrage vise à comprendre comment la notion de maladie émergente, souvent associée à celle de barrières d'espèces du fait de l'origine animale de ces maladies, renvoie, de façon privilégiée, à un nexus de réflexions interdisciplinaires de nature épidémiologique, bio-médicale, sociologique, anthropologique et épistémologique. Le terme "maladie émergente" désigne une infection nouvelle, mais procédant d'un agent pathogène ou d'un parasite déjà existant. L'inquiétude liée aux maladies émergentes est majorée par le fait qu'elles se trouvent liées à l'idée d'une transgression des "barrières d'espèces", de l'homme à l'animal, longtemps considérées comme infranchissables.

  • Le vote d'extrême-droite est désormais ancré dans le paysage politique en Europe. Les événements violents qui se sont récemment réclamés d'idéologies extrémistes donnent toute son actualité à un numéro qui se penche sur les rapports entre discours et pratiques aux confins du champ politique.
    Dans quelle mesure un succès électoral de l'extrême-droite encourage-t-il certaines personnes à la violence, ou au contraire permet-il de canaliser les tentations violentes vers les urnes? Les groupes néonazis et les subcultures rassemblant de jeunes xénophobes jouent-elles un rôle décisif dans ce processus? L'extrême-gauche se renforce-t-elle par réaction et, si oui, les extrémismes des deux bords tendent-ils à s'alimenter mutuellement?
    Dans un contexte de crise persistante des institutions démocratiques, les textes de ce numéro éclairent la scène extrémiste, ses cultures, ses dynamiques, et le renouvellement de ses formes d'action.

  • La construction européenne et la mondialisation ont pu faire croire à la fin des frontières. Mais les voilà qui réapparaissent: barrières à l'immigration, revendications identitaires, frontières aussi dans les têtes entre âges, sexes, espaces privé et public... La libre circulation des informations et des capitaux contraste avec la construction d'exceptions, de préférences et de protections sécuritaires.
    Les frontières sont toujours d'actualité mais elles se déplacent, se diversifient par spécialités (frontières politiques, économiques, culturelles, psychologiques). Les douaniers sont toujours là, et ils opèrent sur tout le territoire.
    À quoi servent ces frontières dont on ne semble pas pouvoir se passer? Comment nous construisent-elles? Quels espaces interstitiels ménagent-elles pour les échanges et les passages? Que ferions-nous si elles n'étaient plus là pour que nous arrêter, et nous permettre de les traverser ou de les subvertir?

  • Le modèle clausewitzien tend à présenter la guerre comme une série de coups échangés de part et d'autre d'une ligne de front par des adversaires mutuellement bien identifiés. Ces derniers sont des États-nations, ancrés dans des territoires dont les armées défendent les frontières. Les formes de la guerre sont conditionnées par des distinctions claires entre l'intérieur et l'extérieur, et entre les domaines civil et militaire. Les fronts sont délimités, les médias sont au service de la cohésion nationale pour soutenir l'effort de guerre, les populations civiles et les pays non concernés ne pâtissent des effets de la guerre que du fait de retombées considérées comme indirectes.
    La guerre du Kosovo, l'intervention américaine en Afghanistan, la seconde guerre du Golfe ont confirmé l'émergence d'un autre modèle de guerre. Dans celui-ci, les frontières, les fronts et les distinctions classiques ne sont plus clairement marqués. Les entreprises multinationales pèsent plus lourd que certains États, et les États-Unis, désignant l'attaque des tours du World Trade Center en 2001 comme un "acte de guerre", reconnaissent du même coup à une organisation terroriste un statut d'alter-ego, de quasi-État. Les médias n'agissent plus au service univoque du pays et ont une influence dispersive, les cibles suscitent des discours antagoniques, et celui qui écrase l'adversaire par trop de morts perd la guerre devant sa propre opinion publique. Les interventions de pays extérieurs ne sont plus clairement ressenties comme des ingérences. L'ennemi peut être une armée conventionnelle, ou un groupe de francs-tireurs ou un réseau terroriste, qui se confondent avec une population qui peut être sympatisante, passive ou hostile. Certaines opérations militaires tendent à être conduites, et d'ailleurs à être présentées médiatiquement, comme des opérations de police. La figure de l'ennemi "intérieur" menace de ressurgir dans un temps de paix conçu comme préparatoire à la guerre, voire comme le temps d'une guerre qui ne dit pas son nom.
    Ce sont ces nouvelles figures de la guerre que ce numéro de la Revue des sciences sociales propose d'explorer.

  • La science ne se pense pas sans écriture, sans la figure du théorème inscrit au tableau de nos salles de classe. On pourrait essayer d'imaginer ce que serait une connaissance élaborée par des êtres qui n'auraient pas disposé de la parole, et a fortiori de l'écriture. Une société où prédominerait la communication par le toucher ou par l'odorat (ou par des canaux sensoriels autres, inexistants sur notre planète, mais dont on pourrait imaginer les caractéristiques virtuelles) pourrait-elle accéder à l'équivalent d'une pensée scientifique? Pour pouvoir penser scientifiquement le monde, il nous faut aujourd'hui réfléchir à la manière dont l'écriture nous contraint à le penser dans la logique et les catégories qui sont les siennes.

  • Nos sociétés manifestent une attitude ambiguë vis-à-vis du risque.
    D'une part, les sources de dangers et d'insécurités se multiplient, contre lesquels nous cherchons à nous prémunir par des mesures de précaution, des programmes de prévention, des couvertures assurantielles. D'autre part, des pratiques se développent, dans lesquelles l'individu s'expose au danger sous des formes variées, notamment dans le domaine des activités ludiques et sportives, mais aussi par l'indifférence aux campagnes d'information et de prévention en matière de santé.
    La visée de ce numéro de la Revue des sciences sociales est de mieux comprendre comment coexistent les aspirations paradoxales à une existence prévisible et aventureuse, comment se conjuguent et se contrarient l'évitement et la fascination pour les risques de notre temps.

  • Les demandes de malades incurables de pouvoir bénéficier d'un suicide assisté ont donné en 2008 toute son actualité à ce numéro consacré à la médicalisation de la société. La question de la décision d'interrompre la vie y occupe une place centrale, à propos de l'euthanasie et des soins palliatifs, mais aussi autour de l'interruption médicale de grossesse, ou des prélèvements d'organes qui supposent une définition de la mort souvent contre-intuitive.
    L'interrogation éthique autour de ce problème est une affaire de société, car toute société a besoin de définir ce qu'est la vie et ce qu'est la mort, et ce qu'est un être humain: à partir de quand cette partie du corps de la mère passe-t-elle du statut de chose à celle de personne, et à partir de quand ce corps cesse-t-il d'abriter un être humain? Faute de consensus, le geste du soignant heurte un interdit fondamental, celui du meurtre, qui fonde par la morale la cohésion de la société.
    Ce numéro aborde bien d'autres aspects de la médicalisation de notre vie quotidienne, engagés par exemple par les biotechnologies, les manipulations génétiques, la stérilisation volontaire ou la circoncision. L'éthique elle-même s'en trouve interrogée: ne sert-elle pas à produire de la norme dans un contexte devenu moralement incertain? Serait-elle donc le comble de la médicalisation: une obligation individuellement assumée, « évidente », de rechercher son bien-être et celui d'autrui?

  • Julien Freund (1921-1993), auteur d'une oeuvre abondante au rayonnement international, s'est fait connaître par sa thèse de philosophie, préparée sous la direction de Raymond Aron et intitulée L'Essence du politique (1965). Il y tient le conflit pour l'une des données fondamentales de la vie sociale et politique. Comme pour d'autres universitaires très influents de leur vivant, la mort de Julien Freund a ouvert une période où la réception de son oeuvre est restée en suspens. C'est à l'université de Strasbourg, qu'il avait suivie en tant qu'étudiant lorsqu'elle s'était repliée à Clermont Ferrand au début de la Seconde Guerre mondiale, qu'un premier colloque a été consacré à son oeuvre les 11 et 12 mars 2010. Ce colloque, résolument transversal, a réuni des philosophes, sociologues, politistes, anthropologues, juristes, linguistes, autour de la manière dont Julien Freund a renouvelé les recherches sur le conflit dans les sciences sociales contemporaines. Le présent ouvrage est le prolongement de ces perspectives croisées et de cette réflexion commune.
    À partir de ses connaissances et de ses réflexions sur l'histoire, Julien Freund s'est beaucoup interrogé sur l'instabilité des sociétés contemporaines et notamment sur les multiples conflits qui les traversent et les opposent, donnant lieu à d'incessantes résurgences. Cette permanence des risques délétères que comportent les conflits le conduit à s'intéresser à toutes les ressources permettant de les stabiliser, de les désamorcer et d'en tirer parti. Cela le conduit à réaffirmer l'importance du politique et de sa vocation à assurer la sauvegarde collective. En même temps, Freund élabore une conception d'ensemble des processus conflictuels envisagés comme un continuum. À la suite de Georg Simmel, il relève les conditions propices à l'actualisation des potentialités socialisatrices des conflits et précise selon quelles modalités les conflits peuvent être source de transformations et de structurations sociales. Les contributions ici réunies se proposent de montrer la fécondité de l'approche de Julien Freund pour analyser et comprendre les dynamiques conflictuelles contemporaines.

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