Armand Colin

  • Tel un sphinx, le premier empereur romain Auguste reste une figure historique énigmatique qui a toujours excellé dans l'art du camouflage et de la dissimulation. Il a légué à la postérité une image protéiforme qui met face à face la détermination froide d'un homme prêt à tout pour s'emparer du pouvoir et son statut de fondateur d'empire divinisé. Il fut tout d'abord le fils adoptif de César, qui sut tirer parti de sa filiation pour créer un nouveau régime sur les ruines de la République. Chaotique, la réalité historique contraste avec la figure du prince sage et vertueux patiemment construite par Auguste.
    Cette biographie entend concilier l'histoire, la mémoire et le mythe auquel un homme donna naissance et qui ne cessa d'évoluer depuis son décès jusqu'à son exploitation par l'Italie fasciste de Mussolini au xxe siècle en passant par Charlemagne et les Lumières. La clé de l'interprétation du personnage réside dans l'ambiguïté foncière qui s'attache à toute forme de pouvoir et qu'Auguste porta à son paroxysme. C'est ce qui explique qu'en fonction des époques et des contextes, il ait été perçu comme un monarque absolu à l'image de Louis XIV ou comme un prince républicain, voire comme le restaurateur de la République.

  • Malgré une reconnaissance croissante, Jean Zay, le très jeune ministre de l´Éducation nationale et des beaux-arts de Léon Blum, reste un homme politique méconnu, une figure républicaine inconnue.  Pourtant, son oeuvre de réformateur est exceptionnelle (démocratisation scolaire, ENA, CNRS, festival de Cannes...), et fait de lui le Jules Ferry du Front populaire. Quant à son emprisonnement dès 1940 puis son assassinat par des miliciens en 1944, ils en font le Dreyfus de Vichy.  Ce livre s´attache à combler l´écart entre une vie remarquable et une mémoire partielle, afin de donner à lire et à comprendre un parcours de républicain emblématique par son action et par la haine qu´il suscita.  Aujourd´hui, alors que la référence aux « valeurs républicaines » est fréquente, mais ne dépasse souvent pas le stade de l´invocation, Jean Zay permet de répondre, historiquement, à la question dont dépend notre avenir : « Que signifie vivre en République ? Rien, sans engagement républicain. »  Olivier Loubes, historien de l´enseignement et de l´imaginaire politique de la société française, est un spécialiste des rapports entre l´école et la nation au XXe siècle et travaille sur Jean Zay depuis 1991. Il est professeur de chaire supérieure au lycée saint-Sernin de Toulouse.

  • Le général de Gaulle ne se résume pas à la France libre ni à la fondation de la Ve République. Cet homme né au XIXe siècle a pris à bras-le-corps les grands enjeux du XXe, mû en permanence par une idée : l'indépendance nationale et la grandeur - bref, la passion de la France.
    Cette biographie n'est ni classique ni exhaustive ; elle entend mettre en avant ce qui a « fabriqué » le grand homme, de l'histoire au mythe. De son enfance à la France libre, de la Libération au RPF, opposant déterminé du « régime des partis » constitutif de la IIIe et de la IVe République, de Gaulle a fondé un régime dont le présidentialisme, si souvent critiqué, n'a pas été modifié dans les profondeurs. Décolonisateur, alors qu'il appartient à une génération qui a construit l'empire, résolument anticommuniste mais refusant toute allégeance aux États-Unis, de Gaulle a suscité des passions contraires, parfois violentes et meurtrières, et n'a jamais laissé indifférent.
    Depuis sa mort en 1970 et au rythme des anniversaires, les sondages effectués en France et à l'étranger le classent parmi les premiers grands personnages de l'histoire.

  • Cerner l'homme Napoléon Bonaparte sous toutes ses facettes : telle est l'ambition du présent ouvrage. Depuis l'oeuvre de Jean Tulard en 1977, les études napoléoniennes se sont très largement renouvelées, notamment sous l'impulsion du Napoléon, de la mythologie à l'histoire que Natalie Petiteau a publié en 1999. Par ailleurs, de nombreuses sources nouvelles ont été mises au jour. Il était donc temps de relire l'histoire de Napoléon Bonaparte avec toutes ces données inédites, mais aussi dans une démarche qui tienne compte des nouvelles approches du genre biographique. Natalie Petiteau propose ici de comprendre la vie d'un homme, Napoléon Bonaparte, dans un temps spécifique, la Révolution française puis ses lendemains, et dans un espace d'envergure, le continent européen.
    Par un retour aux sources, elle livre un portrait intérieur en montrant ses mutations permanentes au gré des événements. Elle donne à voir comment cet officier d'abord farouchement corse puis viscéralement français est devenu un homme politique tout autant qu'un génial chef de guerre. Elle souligne comment il a été perçu comme l'incarnation de la nation française, et comment il s'est lui-même pensé comme tel. Elle montre le processus par lequel il s'est enfermé dans la certitude que lui seul savait ce qu'était la bonne voie pour la France révolutionnée. Napoléon ne pouvait pas concevoir une France qui ne soit pas en position dominante en Europe. Si bien que l'enfant des Lumières et l'officier jacobin qu'il a été a finalement fait figure de tyran sanguinaire. L'un des intérêts de ce livre est aussi de proposer une remise en perspective de cette image légendaire.

  • Jules Guesde est l'une des personnalités les plus marquantes de la gauche française et l'une des plus controversées. Militant infatigable et brillant orateur, il est l'un des premiers à introduire la pensée marxiste en France et à vouloir structurer le monde ouvrier par un parti politique afin de s'opposer au capitalisme. Malgré son intransigeance et son dogmatisme, Jean Jaurès choisit de s'allier avec lui. Le "guesdisme" fut ainsi déterminant dans la fondation du parti socialiste français et son vocabulaire de la "lutte des classes" aura marqué tout le XXe siècle.
    Dans cette biographie originale, Jean-Numa Ducange nous fait découvrir cet homme politique hors normes de la Troisième République, trop souvent méconnu, et qui aura pesé de tout son poids dans l'histoire du socialisme en France.

  • Charles Maurras représente la figure centrale de l'histoire du nationalisme français. Cette biographie permet d'explorer l'histoire de l'extrême-droite à partir de l'affaire Dreyfus dans laquelle Maurras a joué un rôle-clé, et, au-delà de la France, d'éclairer la référence fondamentale qu'il représente pour de nombreux intellectuels et mouvements politiques du premier 20e siècle dont on ne parle pratiquement jamais. Elle explore également la raison pour laquelle Maurras a été une référence fondamentale pour de nombreux intellectuels et partis politiques.

  • La vie et la personnalité de Démosthène ont toujours fasciné les historiens. Défenseur intransigeant de la démocratie, patriote fervent face à la pression macédonienne assimilée à une menace barbare, il aurait voué son oeuvre à servir ces causes et donné sa vie à la cité d'Athènes puisqu'il préféra se suicider plutôt que de tomber entre les mains ennemies après la défaite finale de sa patrie face aux armées de Philippe de Macédoine.
    Cette vision, qui a longtemps prévalu, notamment dans l'historiographie française, s'effrite à présent. Des découvertes archéologiques montrent une Macédoine non point barbare mais authentiquement grecque ; de nouveaux textes épigraphiques et littéraires récemment publiés attestent un parti-pris de Démosthène souvent empreint de mauvaise foi.
    Cet ouvrage fait le point sur notre connaissance de l'orateur et de l'homme politique, sans a priori, débarrassé de scories modernes qui ont voulu faire de Démosthène le porte-drapeau flamboyant d'un nationalisme exigeant ou, à l'inverse, ont vu en lui le politicien aveugle, incapable de comprendre le sens de l'Histoire.

  • Ernest Lavisse (1842-1922) est passé à la postérité grâce à ses nombreux manuels scolaires d'histoire, et surtout au fameux « Petit Lavisse » qui a accompagné des générations d'écoliers français. Mais qui était celui qu'on nomma l'« Instituteur national », qui consacra son existence tout entière à promouvoir l'enseignement historique et à construire un glorieux « roman national » ?
    Homme d'influence mais non engagé, professeur admiré mais figure discrète, l'ouvrage montre toutes les nuances, voire les ambiguïtés, du grand historien. À travers l'étude minutieuse de son enseignement en Sorbonne, de ses publications et de ses nombreuses interventions dans la presse, et de son rôle dans diverses institutions et associations, il met en lumière une oeuvre fondamentale, encore méconnue.
    Ainsi découvre-t-on les combats d'Ernest Lavisse pour réformer l'enseignement supérieur,moderniser l'enseignement secondaire, mettre en oeuvre une formation à la fois scientifique et professionnelle des professeurs et organiser le monde étudiant. Des dossiers toujours d'actualité...

  • Après plus d'un demi-siècle d'anarchie politique et militaire, l'arrivée au pouvoir de Dioclétien (244-311), soldat sorti du rang, a permis un redressement spectaculaire de l'Empire romain. Soucieux d'assurer la continuité du pouvoir impérial, Dioclétien a mis en place un système politique original, la tétrarchie, associant deux Augustes (Dioclétien, Maximien) et deux Césars (Constance Chlore, Galère). Dorénavant, l'Empire est partagé en quatre zones (Asie/Egypte; Italie/Afrique/Hispanie; Illyrie/Danube; Bretagne/Gaule).
    L'ouvrage montre comment en vingt et un ans de règne, Dioclétien a réalisé de très importantes réformes politiques et administratives, fiscales et monétaires qui ont transformé en profondeur le monde romain entre 284 et 311. Malgré une action efficace, le « système tétrarchique » de Dioclétien n'a pas résisté au retrait volontaire  de son fondateur. Il faudra plus de vingt ans pour que la stabilité revienne, avec l'arrivée au pouvoir d'un empereur unique, Constantin.
    L'auteur, spécialiste de l'Empire romain tardif, propose ici une biographie fouillée et originale qui met en avant le poids de cette figure unique, mêlant réalisme et utopie, liée à jamais à l'expérience inédite du pouvoir partagé.               

  • Cette biographie de Léon Blum propose de faire la synthèse du parcours d'un homme qui incarne, entre Jaurès et Mitterrand, le socialisme français.  On redécouvre l'importance d'une figure atypique d'intellectuel engagé dans la politique, bien plus complexe que l'image que nous avons conservé à travers la mémoire du Front populaire; on mesure aussi à quel point l'engagement démocratique et réformiste qui était le sien à été mal compris.Ce sont toutes les faiblesses d'une gauche française peu apte à faire coincider l'exercice du pouvoir avec ses vues éthiques, mais aussi la longue résistance de pans entiers de la société française aux évolutions nécessaires  de la gouvernance que ce livre donne à mieux comprendre. 

  • Dans la culture occidentale, Périclès a le rare privilège de donner son nom à un « Siècle », incarnant l'apogée politique et culturel du monde grec. Pour autant, faut-il croire l'historien Thucydide lorsqu'il soutient, à propos d'Athènes : « C'était, de nom, une démocratie, mais, en fait, le premier citoyen exerçait le pouvoir » ? Périclès régna-t-il en souverain sur des masses consentantes ou ne fut-il qu'une marionnette actionnée par le peuple ? De Thucydide à Plutarque, de Voltaire à Rousseau, de Grote à Duruy, les auteurs anciens et modernes se sont interrogés sur les relations nouées entre le stratège et la communauté athénienne. Périclès, chef tout-puissant ou simple ventriloque des aspirations populaires ? Telle est l'énigme que cette enquête historique et historiographique s'emploie à résoudre.
    Vincent Azoulay propose ici une nouvelle édition revue et augmentée de son Périclès, ouvrage salué par la critique et récompensé par le prix du livre d'histoire du Sénat.

  • Constantin fait incontestablement partie de ces chefs d´État qui ont fait l´Histoire. Bien au-delà de l´Empire romain, il a, durant les trente ans de son règne, marqué l´Occident tout entier.  Car sans lui, parlerait-on des « racines chrétiennes de l´Europe » comme d´une sorte d´évidence ? C´est à cet homme de pouvoir, aussi inspiré que controversé, qu´on doit des rapports inédits entre le politique et le religieux, et le glissement du pouvoir impérial traditionnel vers des formes à la fois solides et vulnérables, mais, dans tous les cas, durables.  Réformateur, guerrier, législateur et bâtisseur - il fonde une seconde Rome, Constantinople -, le premier empereur romain chrétien n´est pas la figure révolutionnaire ou ambiguë que l´on a pu dépeindre : son action novatrice se conjugue intimement avec la tradition augustéenne dans laquelle s´ancrent ses lois et l´exercice de son pouvoir, en Occident comme en Orient.  À travers légende noire et légende dorée, ce livre s´attache à révéler un homme en quête d´une nouvelle forme de romanité sous le signe de l´unité, de la paix et de la foi.  Bertrand Lançon se consacre aux aspects culturels et religieux de l´Antiquité tardive. Il a publié, entre autres, Le monde romain tardif et Rome dans l´Antiquité tardive.  Tiphaine Moreau étudie le IVe siècle. Elle est l´auteur de Cents fiches d´Histoire romaine et, avec Bertrand Lançon, des Premiers chrétiens.

  • Charles Péguy (1873-1914) est moins connu du grand public pour son oeuvre que pour ses positions antimodernes, son adhésion au parti socialiste, son retour à la religion et surtout son dreyfusisme. Mort un mois après le début de la Première Guerre mondiale à l'âge de 41 ans, il sera récupéré par le régime de Vichy pour son nationalisme, dénigré puis réhabilité. Cette biographie met l'accent sur les contradictions de ce personnage controversé à travers un parcours déroutant.

  • « Il est très difficile de connaître un homme dont ses flatteurs ont dit tant de bien, et ses ennemis tant de mal », écrivait Voltaire.
    Cardinal et ministre de Louis XIII pendant près de vingt ans, Richelieu a dirigé la France dans une période de guerres et de bouleversements qui ont affecté toute l´Europe. Il est l´initiateur d´une politique alliant invention et héritage du passé et le promoteur de conflits qui ont façonné le territoire et les esprits du temps. Zélateur de l´absolutisme politique, mécène avisé et stratège brillant, Richelieu a fait de sa personne et de sa fonction une énigme qui n´a jamais cessé d´être réinterprétée.  Le personnage et son action furent si importants et si fondateurs que, dans les moments où vacille la place de la France dans le jeu des puissances et où l´avenir national nourrit toutes les perplexités, il n´est pas absurde de lui rendre une visite qui n´est pas que de courtoisie.  Raconter Richelieu, revenir sur le moment et la raison des choix qu´il a assumés jusqu´au bout, sur sa légende, c´est donc aussi réfléchir sur notre propre approche de l´histoire, de l´État et de l´avenir de l´Europe.  Cécile d´Albis s´intéresse aux fêtes publiques, à l´histoire urbaine et aux communications politiques dans l´Europe moderne.

  • Gustave Eiffel a laissé son nom à la postérité grâce à la tour qu'il a construite pour l'Exposition universelle de 1889. Constructeur audacieux d'édifices et d'ouvrages d'art dans le monde entier, promoteur des technologies nouvelles, défenseur acharné de l'industrialisation, mais aussi homme de sciences, il jette les fondements d'une pensée renouvelée de l'ingénierie. Son oeuvre influence fortement ses contemporains et ses successeurs et reste, de nos jours, d'une grande actualité.
    Cette nouvelle biographie de Gustave Eiffel permet de confronter, par des approches multiples, les objectifs qui étaient les siens, ses travaux et les résultats qu'il a obtenus, avec notre regard d'aujourd'hui, et par là même de percer les mystères de la naissance et de la permanence de son mythe.

  • Quand on évoque la personne de Pierre Mendès France, on pense à ce qu'il représente dans la mémoire collective : un homme politique de gauche qui n'a que brièvement exercé le pouvoir, un partisan du discours de vérité estimé pour son incarnation de la rectitude morale, un adepte de la rigueur dans la gestion de l'économie, un adversaire des guerres coloniales, un soutien des étudiants en mai 68, un promoteur de la paix au Proche-Orient. Mais aussi un jeune député radical soutenant le Front populaire, un résistant et un Français libre, un ministre du général de Gaulle à la Libération. Pierre Mendès France fut tout cela.
    L'ouvrage retrace son parcours en tant que chef de gouvernement de juin 1954 à février 1955, puis en opposant farouche à l'instauration de la Ve République, si loin de la « République moderne » qu'il appelle de ses voeux.
    Cette biographie historique permet d'entendre la voix de Mendès France à travers ses discours et ses écrits pour aller au-delà du mythe « PMF ». Elle tient compte des travaux des chercheurs en sciences sociales pour mieux comprendre les contextes de son action et restituer toute l'originalité d'une trajectoire politique, qui continue de questionner la gauche française aujourd'hui.

  • Qui n'a pas étudié dans un établissement scolaire Paul Bert ou habité rue Paul Bert ? Cependant, malgré cette omniprésence dans l'espace public, l'oeuvre de ce républicain est largement oubliée de nos jours.
    Paul Bert fut pourtant l'un des plus grands scientifiques français du XIXe siècle et un des pères fondateurs de l'école laïque et républicaine. S'il a été un partisan de la colonisation, notamment en Indochine, on retiendra de lui le grand patriote, traumatisé par la défaite de 1870, compagnon de Gambetta, Ferry et Buisson qui a laissé une loi sur la généralisation des Écoles normales et rédigé un fameux manuel d'éducation civique.
    Rémi Dalisson réhabilite ici la mémoire de ce savant engagé en politique, de ce libre-penseur qui voulait émanciper les consciences par la raison et l'école. Paul Bert pousse aussi à la réflexion sur la mémoire, sur la citoyenneté et sur l'éthique républicaine, dans le contexte d'un retour de la morale laïque et civique, alors que se multiplient les crispations identitaires.

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