Honore Champion

  • Cette Introduction présente un choix de grands axes pouvant être mis à profit dans l'analyse de la musique tonale. L'auteur investit ces structures fondatrices à travers des regards sur Beethoven, Chopin, Schumann et au-delà ; de plus, il procède lui-même à une redéfinition du mode mineur. Ainsi, les différentes approches adoptées - théorique, analytique, méthodologique - s'entrecroisent afin de s'éclairer les unes les autres tout au long de huit chapitres devancés par des prolégomènes. Ce livre sera utile aux élèves des conservatoires, aux musicologues, aux interprètes, comme à toute personne désireuse d'articuler sensibilité et raison - saveur et savoir - à propos d'un corpus et d'un principe d'organisation représentatifs de la pensée musicale européenne. La bibliographie de l'ouvrage permettra au lecteur aussi bien d'approfondir sa connaissance de telle ou telle théorie ou méthode analytique que d'en découvrir d'autres.


    Henri Gonnard, musicologue, est maître de conférences à l'université de Tours. Ses travaux portent d'une part sur la théorie et l'analyse de la musique occidentale, d'autre part sur les rapports de cette dernière avec la littérature, les autres arts et l'histoire des idées, du romantisme au surréalisme. Les compositeurs qu'il a le plus étudiés sont Schumann et ceux de la première moitié du XXe siècle, Debussy en particulier (presses de l'université de Paris- Sorbonne et de celle de Grenade, éditions Leo S. Olschki, Cahiers du CIREM, Musurgia, etc.). Chez Champion, il a déjà publié La musique modale en France de Berlioz à Debussy.

  • Les pratiques thérapeutiques de la lecture remontent à la plus haute Antiquité. Leur résurgence au XIXe siècle est contemporaine de la naissance de la psychiatrie. Elle précède l'émergence de la notion moderne de psychothérapie. Aussi, décrire les usages de la littérature, attachés aux méthodes contemporaines de lecture thérapeutique, conduit à redéfinir ce que recouvre la notion de psychothérapie et à réinterroger les fondements philosophiques de la thérapeutique. Ainsi envisagés, ces usages n'entraînent pas a priori de grandes réflexions sur la littérature. Pourtant, dans la mesure où, pour en parler, leurs praticiens doivent expliciter leurs propres méthodes et clarifier leurs visées, le questionnement de ces usages conduit à interroger leur statut épistémologique et introduit par conséquent à une réflexion plus générale sur la littérature. On est ainsi mené à redéfinir la lecture comme un dispositif transitionnel de partage et l'expérience littéraire comme une épiphanie du sensible, ouverture à la fois aux sens et au sens.

  • À l'heure du narrative turn, du storytelling et de la prolifération des formes narratives peut-on postuler l'existence d'un canon qui serait le Récit ? Suivant en cela l'orientation actuelle des études culturelles, cet ouvrage tente de répondre à cette question en évitant de l'enfermer dans les limites des études littéraires. Sylvie André met en résonnance sinon en cohérence, les apports de l'anthropologie en matière de tradition orale et d'analyse culturelle avec ceux de la narratologie, de la sémiotique ou de l'histoire littéraire occidentale pour envisager la possibilité de l'existence d'un modèle narratif. Celui-ci doit rendre compte de l'existence de systèmes stables de récits institutionnalisés (mythes, récits héroïques, récits axiologiques) en même temps que de leur évolution dans l'Histoire. Il devra intégrer les fonctions sociales, le rôle cognitif mais aussi les dimensions esthétiques et fictionnelles des récits, quel que soit le type de société dans lequel ils apparaissent.

  • Que signifie l'intérêt que de nombreux écrivains africains - René Maran, Senghor, Mongo Beti, C.A. Diop, Soyinka, V.Y. Mudimbe, Kagame, P. Hountondji, Mamoussé Diagne, Djibril Samb, Souleymane B. Diagne, etc.- portent aux littératures et à l'histoire de l'Antiquité grecque et romaine ? Quels en sont les enjeux ? Faut-il y voir la marque d'une "occidentalisation " de leur art et de leur pensée ou, au contraire, un processus d'appropriation d'un savoir longtemps interdit ?
    Ces questions constituent le point de départ du présent ouvrage dans lequel l'auteur examine d'abord la " bibliothèque antique " des écrivains africains, telle qu'elle apparaît dans leurs oeuvres et dont les contours et les contenus varient considérablement d'un auteur à l'autre.
    La notion de bibliothèque, qui d'ailleurs est traversée par une profonde contradiction entre le principe de la collection et le projet de constitution d'un savoir, permettra ensuite d'envisager les différents usages auxquels donnent lieu les textes qui la constituent : usages rhétoriques et esthétiques, usages historiques et usages philosophiques.
    Mais la relation que l'on peut établir entre littératures africaines et Antiquité ne se limite pas aux usages -et aux lectures, autorisées ou non- que les écrivains africains font de ce corpus, dans la mesure où la connaissance des littératures africaines peut contribuer à renouveler notre vision des cultures et des littératures du monde antique. C'est ce qui sera souligné notamment à travers la question des disciplines dont relèvent respectivement ces deux grands domaines du savoir ou à propos de problématiques comme le bilinguisme grec-latin à Rome, le fait colonial ou le rapport à l'Autre.


    Bernard Mouralis est professeur émérite à l'Université de Cergy-Pontoise où il a dirigé l'UFR de Lettres et Sciences Humaines ainsi que le Centre de recherches Texte/Histoire. Il a auparavant exercé dans plusieurs universités africaines (Abidjan, Lomé) ainsi qu'à l'Université de Lille III. Ses travaux portent sur la littérature de langue française de l'Afrique subsaharienne, la relation franco-africaine, la théorie de la littérature.

  • Cet ouvrage est destiné en priorité aux candidats au CAPES de lettres modernes et aux agrégations de lettres modernes et de grammaire. Il sera aussi d'un intérêt certain pour les étudiants inscrits dans un cursus de lettres et, de façon plus générale, pour tous les curieux et amoureux de l'histoire des mots français. Sous forme de fiches, classées par ordre alphabétique, on trouvera traités plus de trois cents mots usuels ou caractéristiques de la civilisation médiévale (baron, chevalier, vassal, lige, cortois, etc.) ou susceptibles de faire l'objet d'une question aux concours parce qu'ils sont représentatifs d'un aspect lexical et sémantique. Les fiches sont organisées selon le modèle standard attendu par les membres des jurys (étymologie, sens en ancien français, paradigmes morphologique et sémantique, évolution ultérieure des sens et des emplois jusqu'en français moderne).

  • Le Moyen Âge, c'est le berceau de notre littérature en langue vulgaire.
    Mais il ne se pense ni comme un temps originel ni comme un âge intermédiaire, " moyen ". Tendu entre un héritage antique païen et une culture chrétienne, il se pense proche de la fin des temps, tout en croyant à un progrès de la pensée. Les médiévaux, tout en revendiquant l'héritage de l'Antiquité, se désignent eux-mêmes comme des modernes. La littérature naissante se nourrit de ces contradictions et combine tous les apports, gréco-romains, celtiques, germaniques, arabes, pour offrir une production originale, modelée par des poétiques neuves, qui se construisent empiriquement, à l'écart de la Poétique d'Aristote qui ne sera redécouverte qu'au XVIe siècle.
    Le présent ouvrage s'efforce de retracer les contours de cette littérature, en en dégageant le contexte historique et social, en dessinant les évolutions qui marquent ces quatre siècles. Il met en évidence le jeu des poétiques, des idéologies et de l'imaginaire, un jeu complexe qui permet à la littérature médiévale de créer et d'entretenir des mythes qui lui sont propres, comme ceux de la chevalerie courtoise, de Tristan et d'Iseut, d'Arthur et de Charlemagne, mais aussi des fées, de la Roue de Fortune ou de la Danse Macabre.
    Il invite le lecteur à explorer les moyens qu'utilise pour se construire une littérature qui doit se créer autour d'une langue nouvelle qui tente de se donner ses lettres de noblesse, et qui y réussit merveilleusement.

  • Ce livre retrace l'aventure critique du roman africain contemporain, et interroge l'enjeu de sa modernité dont la scénographie repose sur un triptyque : un sujet, un monde, un langage. Expérience d'un sujet aux prises avec un langage. Expérience d'un discours aux prises avec une histoire. Expérience d'une autonomie conjuguée avec un affrontement à l'histoire. Au terme, quelques-une s des plus grandes voix du roman africain se seront fait entendre.
    À l'intersection d'une rhétorique et d'une sociologie, il s'agit de retrouver ici, loin des mythes et des stéréotypes de lecture, les tensions et blocages du roman africain, ses paradoxes et contradictions, sa force d'intervention et son pouvoir de fascin ation. Au plus près des textes et de leur mise en dialogue, et dans le rapport si complexe qu'ils entretiennent à l'histoire. Histoire d'un sujet lyrique, qui se dit et qui se pense. Histoire d'un monde qui se transforme et que le roman s'efforce de sonder.

  • Pour comprendre de quelle manière la littérature se saisit des questions d'environnement, une écocritique comparée est à construire. Ce livre est un essai de mise en mitoyenneté de textes marqués par des voyages, des lieux, des pays, des continents qui ne sont pas superposables, tant est grande la variété des circonstances et des configurations sociales qui les caractérisent. La thématique environnementale et écologique rapproche ces textes, et les fait voisiner, révélant des proximités et des querelles de territoire. Le champ d'étude est vaste, mais ont été retenus des auteurs estimés représentatifs écrivant en trois langues : l'anglais, le français et le chinois. Dans un contexte culturel mondialisé, les idées circulent, et se répondent d'un côté à l'autre des clôtures censées enfermer les mondes en eux-mêmes, et des limites qui sont autant d'appels à rendre visite à ses voisins, si distants soient-ils. Ainsi, cet ouvrage invitera à une lecture attentive de nombre d'écrivains ayant su interroger avec adresse la manière d'habiter le monde. Parmi les principaux, on peut citer Edward Abbey, Rick Bass, Rachel Carson, Annie Dillard, Aldo Leopold, Barry Lopez, John Muir, Hélène Cixous, Marguerite Duras, Jean Henri Fabre, André Gide, Julien Gracq, J.M.G. Le Clézio, Claude Lévi-Strauss, Jean Rolin, Victor Segalen, Mahi Binebine, Ma Jian, Han Shaogong, Gao Xingjian, ou encore Lin Yutang. Entre eux, des liens de voisinage, et des tentatives pour s'en défaire qui sont l'objet de ce livre.

  • Cet essai caractérise la littérature française contemporaine (1970-2013) selon un paradoxe : cette littérature apparaît inactuelle et actuelle. Ce paradoxe se lit à la fois dans le contexte français et dans le contexte international. Il n'est pas dissociable d'une dualité : d'un côté, une large part de cette littérature se reconnaît dans la tradition du nouveau, dans une fidélité à la pensée de la littérature, à la pensée de l'histoire, issues des avant-gardes d'entre les deux guerres mondiales ; de l'autre côté, toute une part de cette même littérature- illustrée par le roman policier, le roman de science-fiction, la littérature de la Shoah, la littérature de la colonisation, la littérature du genre et une certaine littérature qui peut être dite néo-avant-gardiste - est infidèle à cette pensée de l'histoire, de la littérature. Lapremière part de cette littérature s'accorde à une société liquide, qui ne dispose plus d'un sens de l'orientation temporelle, historique. La seconde part de cette littérature restitue une symbolique du départ dans l'histoire, du possible et de la communauté.

  • La catégorie du « postcolonial » est utilisée fréquemment aujourd'hui pour définir les littératures du Sud .
    Mais doit-on en réserver l'emploi à celles-ci et en exclure les littératures du Nord ? Tel est le point de départ du présent ouvrage, Le Sud du Nord qui propose l'étude de quatre écrivains français, Racine, Mallarmé, Daudet et Loti, qui ont en commun d'avoir fixé leur destin littéraire à Paris et qui, à un moment de leur parcours, ont été confrontés avec le Sud de la France.
    Qu'ont-ils vu ? Qu'ont-ils écrit ? Que ce soit à Uzès, à Avignon, dans la Provence ou au Pays basque, on verra que ces auteurs, sous des formes diverses, ont développé des problématiques semblables à celles des littératures du Sud : considérations sur le régime des passions en Languedoc chez Racine, rencontre à Avignon de Mallarmé et des poètes du Félibrige, réticences de Daudet à l'égard de la Provence de Mistral, critique de l'identité basque dans Ramuntcho de Loti.
    De la sorte, Le Sud du Nord peut conduire à une réflexion plus large sur les relations entre littératures du Sud et littératures du Nord.

  • Cet ouvrage se veut une invitation à lire le roman québécois davantage qu'une histoire de son évolution. Entre le désir d'enracinement et le besoin de nomadisme s'inscrivent les étapes d'un parcours qui passe du roman paysan au roman urbain, de la traversée de la ville à celle du continent américain. Le français qui s'y affiche renvoie à une langue décomplexée, arrimée à une culture marquée par l'hétérogène et le non-conventionnel. Une culture portée par la forte présence des écrivaines et riche des apports des nouveaux arrivants, ces " étrangers du dedans " devenus peu à peu les témoins privilégiés et les porte-parole d'une collectivité en mutation. Une culture marquée également par un questionnement constant des écrivains quant à la légitimité de leur fonction et au statut du littéraire dans l'espace social.
    De Gabrielle Roy à Réjean Ducharme, de Michel Tremblay à Jacques Poulin, Francine Noël, Suzanne Jacob et Dany Laferrière, les fictions québécoises disent l'étonnante aventure nord-américaine de cette littérature de langue française dont les points d'intersection avec d'autres contextes sont nombreux mais qui n'a rien à envier aux ensembles culturels institutionnellement mieux établis.

  • " (.) Aussitôt le vertige est entré, le vertige circule dans l'air ; on respire le vertige ; c'est le vertige qui remplit les poumons et renouvelle le sang dans le ventricule. " C'est ainsi que Baudelaire tente de rendre compte d'une forme comique nouvelle qui se caractérise par son aspect excessif et sa dimension spectaculaire, et qui frappe par là même un public français peu habitué encore à ce genre d'extravagances. Ce grotesque " moderne " va prendre toute son ampleur au XXe siècle pour y répandre son vertige au beau milieu de toutes les littératures nationales. C'est pourquoi on le retrouvera sous des horizons géographiques très variés et on peut en suivre la trace, comme nous nous proposons de le faire, parmi d'autres, dans les oeuvres de Franz Kafka, d'Henry Miller, de Céline, de Samuel Beckett, de Günter Grass, de Gabriel Garcia Marquez, de Sony Labou Tansi, de Philip Roth ou même encore au cinéma chez un Emir Kusturica. Auteurs bien différents à l'évidence, mais pour lesquels une même esthétique du vertige et du choc comique va trouver à se déployer.

  • Prose d'idées, prose oratoire, prose narrative, prose poétique. Il semble que la diversité soit le propre de la prose et de ses emplois. Et l'expérience démontre qu'il faut se résigner à décliner un paradigme indéfiniment prédicable pour assigner à la prose, selon les cas, une marque distinctive qui soit aussi un sceau d'identification, une signature. C'est dire s'il importe de se mettre à l'écoute de ce qu'on appellera des régimes de spécificités.
    Tel est l'objectif que ce livre se propose: mettre au jour, non pas des invariants, des stylèmes ou des formes reproductibles, non pas un art de la prose, mais des spécificités et des valeurs. Cet essai aborde la prose en cours d'élaboration, à travers des démarches créatrices, d'Aloysius Bertrand à Léon-Paul Fargue, en passant notamment par Baudelaire, Lautréamont, Mallarmé, Rimbaud et Huysmans.

  • Les études littéraires sont le seul domaine des ainsi nommées "sciences humaines" qui commence en écartant - sans jamais s'interroger sur cette mise à l'écart préjudicielle - quatre-vingt-dix pour cent et plus de ce qui peut sembler son objet naturel. Dans les deux siècles modernes, l'écrasante majorité de ce qui s'est donné pour des "romans", ne serait-ce que par cette mention sur la page de titre, de même que les textes versifiés en leur masse se trouvent exclus de toute prise en considération avant de commencer. Il en va de même pour une part plus massive encore du texte dramatique, de Pixérécourt et du mélodrame romantique au théâtre de boulevard.

    Marc Angenot explore ici certains secteurs de ces dehors de la littérature canonique en recueillant divers essais qui portent sur les genres, les thématiques et les formes les plus dévalués de ce Grand Déchet. Il se place sous l'invocation d'un personnage benjaminien, celui qui va chercher du récupérable, du " gaspillé " dans les gravats et les champs d'épandage : le Crocheteur.

  • Malgré quelques ouvrages récents sur le " poème en prose ", la poésie en prose reste un genre encore très mal connu car on l'identifie et la réduit à cette seule forme, née dans le dernier tiers du XIXe siècle, qu'on appelle " poème en prose ".
    Or, là notion de " poésie en prose " apparaît dès les débuts de l'âge classique, où elle concerne aussi bien les domaines tragique et épique que celui du grand lyrisme officiel. Cette tradition inaugurée au XVIIe siècle se continuera aux XVIIIe et XIXe siècles. Avant les Petits Poèmes en prose de Baudelaire, elle aura même donné lieu à de multiples pratiques lyriques originales et plus intimistes (songes, méditations, descriptions, récits).
    L'importance de ce véritable " continent " littéraire encore grandement ignoré a justifié l'idée de sa " cartographie " par le présent ouvrage : se présentant comme une histoire du genre, il essaie aussi de réfléchir à ce qu'implique l'idée de recourir en poésie à un autre matériau que le vers. A l'issue de cette enquête, il apparaîtra que le genre tout entier peut s'interpréter comme " la mimésis de l'acte littéraire même " (M.
    Riffaterre).

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