Sciences humaines & sociales

  • Âpre, gris et austère côté Léjà, rouge, vert et doré côté Nuqrah, noir, brillant et suave côté djebel, le Hauran est un pays de contrastes. De ceux-ci est né un patrimoine d´une exceptionnelle richesse : faut-il rappeler que le théâtre romain le mieux conservé se trouve à Bosra, qu´un empereur de Rome est originaire de Shahba, qu´un magnifique nymphée est blotti au creux du wadi de Qanawat, ou encore que le musée de Suweida´ renferme des trésors ?
    Les vestiges archéologiques de ces villes relatent une histoire mouvementée, mais ne disent que peu de choses des plus de trois cents villages de la région, autres acteurs fondamentaux de cette épopée. Et pourtant, il suffit de se rendre dans leurs vieux quartiers, de suivre les ruelles, d´escalader les monticules de blocs de basalte ou de pénétrer dans des cours dont les entrées ont été condamnées : habitations petites et grandes, temples, églises, monastères, mosquées, birkeh, citernes, mastabas, bâtiments encore mystérieux, tous les éléments constitutifs des villages existent encore, souvent dissimulés sous des constructions plus récentes.
    Le présent ouvrage est entièrement consacré à cette région de la Syrie du Sud. Les contributions des auteurs témoignent de l´intérêt des récents travaux sur l´habitat villageois et son environnement. En fonction des compétences de chacun, les problématiques ont été traitées au moyen de prospections, d´études territoriales, architecturales ou d´analyses du décor sculpté, sans oublier la création et la mise au point de nouveaux outils à l´aide de logiciels SIG. D´une perception territoriale large à une approche plus serrée des techniques de construction, en passant par l´organisation des villages et des habitations qu´ils contiennent, cet ouvrage permet d´esquisser avec de plus en plus de précision l´aspect des campagnes, des agglomérations et des habitations rurales du Hauran aux périodes classique et médiévale.


    The Hawran is a land of contrasts : harsh, grey, and austere in the Laja ; red, green, and gold in Nuqrah ; black, soft, and shining in the Jabal. These contrasts have given birth to an exceptionally rich heritage : the best-preserved Roman theatre is found at Bosra, an emperor of Rome was born in Shahba, a magnificent nymphaeum nestles in the hollow of the wadi at Qanawat, and the museum of Suweida´ holds many treasures. The archaeological remains of these towns tell a colourful story, but they say little about the more than three hundred villages of the region, the other fundamental actors of this epic. Yet one only has to visit their old quarters, follow their narrow streets, climb the mounds of basalt blocs, or penetrate courtyards whose entrances have been sealed : small and large residences, temples, churches, monasteries, mosques, birkeh, cisterns, mastabas, still-mysterious buildings-the elements of the villages still exist, often hidden under more recent constructions.
    The present work is devoted entirely to the region of Southern Syria. The authors´ papers demonstrate the interest of recent studies on village habitat and its environment. According to each scholar´s specific skills, problems have been addressed by means of surveys, architectural and territorial studies, or analyses of sculpted decorations-not forgetting the creation and refinement of new tools with the help of GIS programmes. From a broad territorial overview to a more focused approach to construction techniques, via the organisation of the villages and the dwellings they contain, this volume allows us to sketch with ever greater precision the features of the countryside, settlements, and rural dwellings of the Hawran in the classical and medieval periods.

  • Beyrouth, à l´instar d´autres métropoles arabes et méditerranéennes, participe aux dynamiques de la mondialisation contemporaine grâce aux migrations internationales. Les dynamiques de la mondialisation « par le haut » et « par le bas » se croisent, se côtoient et s´ignorent dans la capitale. Les migrantes non arabes - éthiopiennes, philippines ou sri lankaises -, qui viennent travailler à Beyrouth comme domestique, introduisent dans les interstices urbains, de nouvelles altérités et de nouvelles pratiques, devenant ainsi des actrices inattendues dans et de la ville. « Hyper visibilité » et « invisibilité sociale » vont alors de pair ; le degré de visibilité interrogeant de facto le « droit à la ville » et la légitimité à se montrer, à être vu et à être reconnu. La migration reste organisée officiellement pour s´inscrire uniquement dans le cadre d´une domesticité low cost, une mobilité « invisibilisée » fondée sur un turn over très rapide. Cependant, les migrantes, par leur nombre et par contournement de leurs conditions initiales d´accueil, se sont imposées dans la capitale, dépassant partiellement les distinctions entre centre et périphérie. Dans le contexte de ségrégation et de fragmentation qui caractérise la capitale libanaise, les migrantes constituent de nouvelles figures de la citadinité beyrouthine, participant dans les intervalles de l´espace urbain à la « réinvention » de la ville. Elles interrogent in fine la notion de cosmopolitisme qu´induirait cette coprésence.

  • L´ouvrage propose une étude praxéologique des débats parlementaires en contexte autoritaire, qui se fonde sur une analyse détaillée des transcriptions de débats parlementaires ayant eu lieu en Égypte, en Syrie et en Afghanistan. Il montre que la forme parlementaire possède les mêmes propriétés de base dans des régimes de nature pourtant différente, de sorte que les différences s´inscrivent dans un continuum et non dans une opposition. Ce comparatisme s´inscrit donc dans la suite des travaux insistant sur l´existence de dispositifs autoritaires dans les démocraties et de dispositifs démocratiques dans les régimes autoritaires. En effet, si l´étude des débats parlementaires dans une démocratie montre que ceux-ci n´ont qu´une portée décisionnelle limitée - la majorité l´emportant indépendamment des points de vue argumentés -, cette même étude, poursuivie dans les régimes autoritaires, montre que les gouvernants sont contraints de respecter les formes parlementaires et de s´ajuster à celles-ci.

  • Présentation Phénomènes sociaux de grande ampleur, les pèlerinages ne sauraient être réduits à leur seule dimension religieuse. Ils participent en effet pleinement aux mobilités qui traversent la région, alimentant le développement touristique et les échanges commerciaux.
    Carrefours éphémères, évènements extraordinaires, les pèlerinages forment un creuset où viennent se croiser non seulement les hommes, mais également les biens et les idées qui essaiment au retour des pèlerins, entraînant des transformations matérielles, politiques, voire psychologiques,  importantes et souvent durables.
    Rassemblant des foules parfois immenses, accompagnés d´intenses activités festives, ils sont à la fois défis à l´ordre public et mises à l´épreuve de l´espace public urbain qu´ils transforment et remodèlent.
    Les contributions réunies dans ce volume s´attachent à rendre compte, en multipliant les  situations observées et les angles d´approche, de cet événement polymorphe qu´est le  pèlerinage au Maghreb et au Moyen-Orient. Phénomène universel, il revêt dans cette vaste région maints traits spécifiques et il y demeure l´un des principaux vecteurs de l´intégration communautaire.
    Sommaire Introduction Sylvia Chiffoleau et Anna Madoeuf DES UNIVERS DE VIRTUALITÉ La présentation de soi au pèlerinage de Rabbi Yahya Lakhdar (Maroc) Hicham Dakhama Le mawsim de Nabî Mûsâ : processions, espace en miettes et mémoire blessée. Territoires palestiniens (1998-2000) Emma Aubin Boltanski Des pèlerins sédentaires. Formation d´une diaspora arménienne à Jérusalem Sossie Andezian Significations territoriales et appropriations conflictuelles des mausolées chiites de Raqqa (Syrie) Myriam Ababsa Le pèlerinage à La Mecque à l´époque coloniale :matrice d´une opinion publique musulmane ? Sylvia Chiffoleau PARCOURS ET ITINÉRAIRES Le pèlerinage à La Mecque au temps du chemin de fer du Hedjaz (1908-1914) Kaïs Ezzerelli L´instrumentalisation du pèlerinage à La Mecque à des fins commerciales : l´exemple du Tchad Karine Bennafla Le Daour des Regraga au Maroc.Un rite de régénérescence Manoël Pénicaud Les processions pèlerines en Égypte : pratiques carnavalesques et itinéraires politiques, les inventions successives d´une tradition Catherine Mayeur-Jaouen PÈLERINAGES ET COïNCIDENCES : DES "ESPACES ENJEUX" ET DES LIEUX EN PARTAGE Le mouled de Sayyid al-Badawî à Tantâ : logiques spatiales et production d´une identité urbaine Delphine Pagès-El Karoui Agir sur un événement et un lieu pour requalifier l´espace et la société locale : l´action du pouvoir politique tunisien sur le pèlerinage et la qubba de Sidi Amor Bou Hajla Isabel Ruiz Éphémérides de la ville en fête : une lecture des mouleds du Caire Anna Madoeuf Le pèlerinage de Sehwân Sharîf, Sindh (Pakistan) : territoires, protagonistes et rituels Michel Boivin Pèlerinages mixtes et sanctuaires « ambigus » en Méditerranée Dionigi Albera Pèlerinages votifs au Liban : chemins de rencontres des communautés religieuses Nour Farra- Haddad Conclusion : le marché du pèlerin Christian Decobert

  • Ce volume vise à mettre en relief les caractères originaux de Palmyre qui passa d´une société à base tribale à une civilisation qu´influence de plus en plus l´Empire romain. Il utilise pour cela l´épigraphie greco-latine, l´épigraphie sémitique et les donnees archéologiques. La ville partage beaucoup de traits avec le reste de la province romaine, malgré sa position excentrée et ses contacts constants avec des zones moins hellénisées, mais reste empreinte des cultures « orientales » (araméenne, mais aussi arabe, iranienne, babylonienne). On peut ainsi définir l´identité de la ville et de ceux de ses habitants qui apparaissent le mieux, les notables. Ils participaient au fonctionnement de la cité grecque de Palmyre : on peut reconstituer des carrières et des familles qui monopolisaient la scène publique. L´aspect classique, gréco-romain, s´accompagne de la permanence de la culture locale (langue, art, religion, onomastique). Le commerce caravanier qui fit la gloire de Palmyre est un autre lieu où étudier le rôle des notables et leur influence, hors de la cité et dans l´Empire. À Palmyre même, on peut cartographier leur position sociale grâce à ce qu´ils ont bâti selon les modalités propres à l´évergétisme de Palmyre. Les notables étaient de plus entourés de catégories de population plus discrètes dans les sources (femmes ou affranchis), mais dont l´existence et l´activité n´etaient pas négligeables (ainsi la reine Zénobie). Les notables, par-delà leur propre vie, mettaient en scène la puissance de leur famille, par des constructions de tombeaux. Ces monuments sont aussi le signe d´une pénétration peut-être de plus en plus forte de coutumes qui ont leur origine dans l´Empire romain, sans que disparaissent en aucune manière les traditions originales, en premier lieu l´usage de l´araméen. This essay uses Greek and Latin epigraphy (thus preparing a corpus), Palmyrene Semitic epigraphy and the archaeological studies concerning the site to show the originality of Palmyra, which was a tribal society and became more and more influenced by the Roman Empire. The city shares some characteristics with the Roman province, despite its marginal position and its contacts with less hellenized areas, but is under a strong influence of oriental "cultures" (Aramaic, as well as Arabic, Iranian, Babylonian). The identity of the city can be defined and its leading inhabitants, notables who were part of the Greek city of Palmyra, are sometimes well-known. One can reconstruct their civic careers and note the prevailing role of some families. This rather classical aspect is only a part of the whole, with the permanence of local culture (language, art, religion, onomastic) being the other part. Caravan trade, one of the glories of Palmyra, is another area where the role of the notables, their influence, is to be seen, outside of the city and in the Empire. In Palmyra itself, it is possible to draw a map of their social position, thanks to their monuments built following the special ways of evergetism existing there. Around the leading citizens was an entourage of people less apparent in the epigraphic evidence (women and freedmen), but they are not to be underestimated as shown by the example of Zenobia. Notables, beyond their own life, used to put on stage the power of their family, by the construction of tombs. Those monuments are also signs of the penetration of ways that originated in the Roman Empire, which does not mean that the local traditions were disappearing, as shown by the constant use of Aramaic.

  • Par ce choix d´inscriptions grecques et latines de la Syrie, une équipe d´historiens offre au lecteur curieux du passé des documents variés et souvent inattendus, qui portent sur la période comprise entre le IIIe siècle av. J.-C. et le XIe siècle apr. J.-C.
    Certains de ces documents intéressent l´histoire politique, les institutions, l´économie, la vie militaire, la piété ou l´organisation du réseau routier. D´autres nous parlent simplement des hommes : ainsi, l´épitaphe de cette Gauloise, née à Rouen, épouse d´un officier, qui mourut dans le Hauran, à l´autre bout de l´Empire. La difficulté du quotidien est aussi révélée par une étonnante chronique sur mosaïque qui signale que le 27 janvier 499 « il y eut de fortes neiges et les arbres à olives du territoire d´Apamée se rompirent ». Les hommes chantaient la générosité de la terre en des formules enthousiastes, tels ces vers latins - précédés d´une croix - gravés sur la façade d´un pressoir : « Tu vois les sucs pareils au nectar, présents de Bacchus, que la vigne a produits, revigorée par un chaud soleil ».
    Les hommes de l´Antiquité ont beaucoup confié à la pierre ; leurs inscriptions, gravées sur divers supports ou dessinées sur les tapis de mosaïque, constituent l´une des sources majeures de l´histoire de la Syrie. Scrupuleusement replacés dans leur contexte archéologique, géographique et historique, tous ces documents invitent à la découverte d´un pays et d´une histoire.

  • L´ouvrage inaugure la nouvelle collection de l´Institut, Les Cahiers de l´Ifpo. Cette première édition des Cahiers de l´IFPO est consacrée aux espaces partagés et pratiques de rencontre au Liban, sans que prédomine, à nos yeux, dans les notions de partage et de rencontre, le caractère positif ou neutre de l´un, la valeur de mise en commun ou de division pour l´autre. À travers ce recours à une métaphore idéelle qui relie espace et pratique, ce sont différentes formes de relations et de liens sociaux qui sont ici présentées, selon des échelles variées mais au plus près des situations de sociabilité, depuis l´usage du téléphone portable et les visites de condoléances jusqu´aux relations « inter-communautaires » au sein d´une entreprise ou dans la Montagne libanaise.
    La territorialisation des appartenances combine un registre complexe où se mêlent la symbolique des lieux, leurs liens à l´histoire communautaire et nationale, leurs formes d´appropriation, parfois violentes, et les réalités sociologiques par essence fluctuantes. Tel quartier de la capitale qualifié de « sunnite » ou de « chrétien » est en proie à des enjeux d´autant plus redoublés que le « socle » communautaire sur lequel se sont construites ses affiliations politiques et ses représentations symboliques s´est largement effrité depuis ces trente dernières années. Le système électoral en vigueur, qui maintient le lien politique et symbolique à la localité d´« origine », entretient cette fixation « communautaire » tout en lui faisant subir des distorsions du fait des évolutions démographiques qui concourent à rendre plus homogènes ou hétérogènes les populations de ces lieux.
    Les études et témoignages rassemblés dans cet ouvrage permettent de saisir un état du communautarisme libanais qui ne peut être dissocié de la crise politique qui a secoué le pays entre l´assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, et l´élection d´un nouveau président de la République le 25 mai 2008. La recherche sur les différents avatars de ce communautarisme, depuis la fin de la guerre civile en 1990, a tenté de scruter ses actualisations dans les différents domaines du politique, sans vraiment prendre en compte ses conséquences au niveau des relations sociales, si ce n´est par le recours aux notions générales de « polarisations », « crispations » ou « replis » communautaires. L´apport de cet ouvrage est précisément de déplacer la réflexion sur le terrain des pratiques sociales à travers des situations précises et localisées, loin des stéréotypes et des amalgames.

  • Daniel Schlumberger, archéologue et historien d'art, travailla de 1925 à 1972 du Liban et de la Syrie jusqu'en Afghanistan. Il révéla la profondeur de l'impact de la civilisation et de l'art grecs en Orient, de la Méditerranée à l'Inde, et mit au jour la grandeur de la civilisation kouchane.
    Il fut successivement membre du service des Antiquités de Syrie et du Liban, directeur de la Délégation Archéologique française en Afghanistan, professeur à l'Université de Strasbourg puis directeur de l'Institut français d'Archéologie de Beyrouth.
    Certains de ses écrits parmi les plus importants sont ici réédités, accompagnés d'une présentation et d'une bibliographie du chercheur, d'un inventaire des principaux sites sur lesquels il a travaillé, le tout illustré d'extraits de lettres de sa main, de photographies et de plans.
    À travers ce volume d'une collection destinée à présenter quelques grandes figures de la recherche en Orient, l'Institut français du Proche-Orient rend aujourd'hui hommage à l'un de ses membres les plus éminents.

  • La quête de l´eau constitue un élément central de la vie des sociétés en milieu aride ou semi-aride. Pour maîtriser la production de ses aliments, l´homme a dû construire son terroir. L´adoption ou la découverte d´une technique d´acquisition de l´eau a chaque fois favorisé le développement de nouvelles stratégies de subsistance. Les aménagements hydrauliques se sont ainsi inscrits successivement dans le paysage. C´est ce que révèlent les différentes contributions réunies dans ce volume autour du thème de l´eau, tout en confirmant que bien des systèmes de grande ampleur ont été conçus par des communautés ou des groupes familiaux. Les réseaux de l´eau tracent de manière indiscutable la géographie sociale de ceux qui les ont mis en place. Leur gestion est un facteur de cohésion et de structuration sociale, un facteur de prestige aussi pour des personnages soucieux de s´affirmer, et parfois un moyen de contrôle et de domination pour le pouvoir. Les stratégies d´acquisition de l´eau nous apparaissent comme autant de facteurs de complexité et de hiérarchisation, qui peuvent changer les modes de vie et bouleverser les structures de la société.


    The search for water is essential to societies living in arid or semi-arid environments. Every time man tried to control his food production, he had to build up his own agricultural territory. The adoption or the discovery of a technique for water supply has always brought about the development of new survival strategies. Successive hydraulic installations have thus become part of the landscape. This is shown in the different contributions on water strategies put together in this publication, where it is also confirmed that large networks could have been created by communities or family groups. The water supply networks outline the social geography of those that installed them. Their management is an important factor for the cohesion and social structure of the communities, a prestige factor to individuals wishing to assert themselves, and sometimes even a tool for power. The strategies for the acquisition of water appear as so many factors of complexity and hierarchy that can change the ways of life and overturn the structures of the society.

empty