Le Grand Souffle

  • printemps 2006 : dans l'élan de protestation trop rapidement nommé anti-cpe, un étudiant lucide, ni délirant ni suicidaire, mène une grève de la faim devant le rideau de fer encerclant la sorbonne.
    disponible à toutes les rencontres, il regarde, il écoute - il parle. diogène, traversant la cité antique avec une lanterne en plein jour, répétait : "je cherche un homme". sur la place publique d'aujourd'hui, alexandre sonde la nuit du monde. derrière la guerre du cpe, c'est le règne de la quantité, de la peur, du cynisme et de la division qui émerge et renvoie notre humanité à ce qu'elle est devenue nous, les fonctions ! au coeur de son voyage désarmé, fleurit une autre force...

  • Elle a rêvé. De ce rêve qui hante tous les rêves, inlassablement. Le rêve de trouver un jour " mon amour ". Elle a voulu, jeune femme d'une génération que l'on dit " perdue ", où tous les repères s'écroulent, " ni pute ni soumise " elle a voulu ce qui toujours fut interdit aux femmes : le droit de jouir et de parler. Elle a vécu, de couple en couple, la même impasse. Elle a trouvé, en lui en elle, le même refus. Son cri regarde, maintenant...

  • en janvier 2006, dix emmurés vivants, condamnés à la réclusion à perpétuité, demandent pour eux-mêmes le rétablissement de la peine de mort.
    silence. derrière les parti-pris politiques et personnels, le débat indigent sur les retards de l'institution pénitentiaire en france, cela laisse deviner dans quelle indignité inavouable et intolérable la mort lente s'accomplit au pays des droits de l'homme. silence. "on peut considérer qu'au-delà de quinze ans, une peine n'a plus de sens", déclare un directeur de prison au journal libération. prisonnier de longue peine, sorti de cette machine infernale à surveiller et punir, lucien parle.
    il dit l'enfermement. non pas seulement le sien, mais celui de tout être humain.

  • Tout a été dit sur "le plus vieux métier du monde".
    Sauf une chose, parce qu'on ne l'a jamais vue.
    De la geisha à la courtisane, des filles de rue aux maisons closes, toutes les cultures avaient leurs codes. mais avec le trafic de la prostitution, notre époque touche à un vertige.
    On interdit, on autorise, on affiche, on dissimule. mais qu'on " nettoie les trottoirs " ici, qu'on crée pour " le mondial " un eroscenter, qu'on cautionne le règne de la marchandise ou qu'on ose remercier ces dames pour service rendu à la société, la chose est toujours là, au fond de l'histoire humaine - quoi ?
    L'expérience de yolande dépasse le témoignage d'une esclave moderne ou d'une fille sans joie.
    Ii rôde dans son cri ce que le sexe en nous se refuse à dire: le désir d'être une chose.
    Trouvez yolande.

  • Les banlieues ont brûlé. La plupart des casseurs avaient à peine quinze ans : des enfants. Que des enfants e, viennent à détruire leurs propres cités, ces zones d'un autre monde devenues presque invivables, cela va au-delà d'une question politique, sociale ou morale. Ici, aucune réponse ne suffit. A travers la révolte et le désespoir d'une jeunesse, c'est le fait même de la souffrance, de la violence en nous qui apparaît. Cela, d'abord, est à entendre. Ecoutez la tristesse de Kamel, son cri en tous les autres, qu'il a voulu pousser, parfois comme une chanson.

  • Quelques temps après le suicide de deux adolescentes, défenestrées du dix-septième étage d'un HLM de banlieue, nous recevions ces pages d'une jeune fille de 16 ans, sans titre, sans adresse, sans identité. Les premiers mots : avant de partir ; à la fin, un prénom : guersande.
    Ce témoignage étrange, peut-être écrit en une seule nuit, à la manière d'une lettre ou d'un télégramme, d'un message ultime, nous a violemment émus.
    Nous avons attendu, cherché un signe de sa provenance : rien.
    Si nous décidons aujourd'hui de le publier, dans sa forme exacte et presque anonyme, c'est hors de tout propos extérieur à lui-même - médiatique, sociologique ou littéraire. Cette jeune fille, semble-t-il, était seule. Elle a crié seule.
    Un cri ne dit pas qu'il crie : il crie.

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