Plon

  • Ma Bretagne est d'Armor, le pays dans la mer. Elle est d'Armor, elle est d'Argoat - mer et forêts -, arrimée par l'ouest à ses destinées atlantiques, et par l'est à la pointe aiguë du socle européen.
    On y allait en train quand j'étais enfant. Le Paris-Brest à vapeur des années 50, la moleskine olivâtre du compartiment pour huit, les oeufs durs écalés sur les genoux, neuf heures de rail sans voir la mer ou si peu vers Saint-Brieuc.
    Ma Bretagne est d'abord le pays des miens. Ma mère, Yvonne, la première à me bercer de chansons marines et d'histoires. Mon père, Henri Queffélec, l'homme et l'écrivain que j'ai le plus admiré, le bel indifférent aux yeux d'horizon.
    Entre nous, l'Armor est mon pays usuel, mon pays définitif, j'y naîtrai toujours.

  • "En ce temps-là, la France était le plus riche pays de la terre.
    Elle produisait trop de vin, trop de blé. Par milliards, les banques "pompaient" un excédent de ressources qu'elles dispersaient dans toute l'Europe et par-delà les océans. " En ce temps-là, quelque part dans le Livradois, en Auvergne, le Jean, métayer, et la Marie, nourrice à Lyon, lièrent une existence "que la nécessité d'acheter le pain et de se vêtir tant bien que mal empoisonna jusqu'à la mort".

    C'est la fin du XIXe siècle, "la belle époque". Toinou va naître parmi les plus pauvres de la campagne puis grandir dans le "prolétariat insolvable" de la ville.
    Les yeux du petit garçon, d'une lucidité sans appel, vont tout découvrir, tout retenir de ce monde implacable et sans joie. Le sein de la vie familiale, d'abord, qui "n'admet pas d'effusion puis la petite école, sous la férule des soeurs, où les élèves sont rassemblés pour apprendre "à charbonner d'honorables majuscules", roués de coups dans une "atmosphère de terreur qui ne les lâche pas".
    La grande école des Frères, ensuite, avec sa cohorte d'injustices et d'aberrations, cc qui fournit à la bourgeoisie locale une ample provision d'ouvriers et de métayers sans exigence, silencieux, soumis, craintifs". Et surtout. le pitoyable cortège de tous ces misérables, dont une société de classes, lointaine et inflexible, fait des esclaves, des malheureux aux vies ratées - tels les propres parents de Toinou.

    C'est dans la tendresse d'un grand-père, qui lui donne le goût de savoir pour savoir, dans la fraternité chaleureuse et complice de l'enfance, qui a son code de l'honneur et ses héros, que Toinou trouvera la force de refuser les lois de cette société qui l'enserre de toutes parts.
    Ce cri d'enfant, - "un enfant de curé" -, très rare, sinon exceptionnel dans l'histoire rurale française, et dont l'écho se poursuit jusqu'au coeur de la Légion, est digne des plus grands : Hugo, Zola.
    Il en a la force de conviction et l'émouvante pudeur.
    Un livre que chacun doit lire et devrait méditer.

  • M.
    Surmont-Rousset affectait d'admettre qu'après la naissance de quatre filles, Aline, Blandine, Céline et Delphine, son épouse ne lui donnerait plus de rejeton. Aussi rêvait-il parfois qu'un veuvage propice lui permette de trouver avec une plus jeune femme une nouvelle chance d'héritier ; il chassait aussitôt, bien sûr, cette méchante pensée et feignait de plaisanter en disant à ses rares amis que quatre enfants suffisaient déjà largement à diviser, dilapider peut-être, l'héritage, qu machine à en fabriquer de nouveaux avait été conséquence rangée au grenier.
    Et, le temps passant, il s'était enfin résigné à la nécessaire recherche d'un gendre. Qui serait d'abord son adjoint, puis son successeur. Une fois le jeune homme choisi, la date du mariage fut fixée le 29 juillet 1914. Un mercredi, pour éviter de se mêler, le samedi, en mairie, à la populace...
    Pour ce premier volume, l'auteur situe les débuts de son roman dans le Nord, région chère à son coeur ; il brosse autour de ses héroïnes la vaste fresque de la France et de l'Europe, de même qu'au travers de leurs vies se profile l'évolution de la condition féminine depuis 1914.

  • Dans ce troisième et ultime tome des Héritières, c'est Céline, la journaliste, qui prend la plume pour raconter à ses descendants l'histoire de sa famille.
    " On nous appelait les A, B, C, D, nous les quatre filles de Laurent Surmont-Rousset, empereur du textile au début du XXe siècle. J'ai vécu un divorce, deux veuvages, les désordres familiaux, les pesants secrets dont on ne sait comment se dépêtrer. J'ai côtoyé les amours, les déchirements, les joies, les deuils et les fêtes de mes proches. Notre histoire, celle de nos enfants et petits-enfants, nous a entraînés en Allemagne, en Espagne, au Brésil.
    Du Nord, nous nous sommes éparpillés vers Paris, la Provence ou la Charente. Quand nous nous sommes tous retrouvés un jour de 1980, j'ai eu un coup au coeur éblouissant : malgré le temps, malgré les malentendus, nous formions toujours une vraie famille. Ce jour-là, j'ai décidé de tenir la promesse que j'avais faite jadis à ma soeur Aline : écrire notre histoire. Et lorsque enfin j'ai mis un point final à cette aventure que je croyais strictement familiale, je me suis rendu compte que j'avais aussi relaté l'extraordinaire évolution des femmes de notre siècle.
    "

  • Des prémices de la Grande Guerre à la Libération (Le Vieux Port), puis de 1944 à la veille de Mai 68 (Notre-Dame-de-la-Garde), les destins des Portallan, nobles terriens provençaux, et des Barutti, immigrés italiens, se sont croisés, heurtés, pour finalement se mêler.
    Alors que, dans les rues de Marseille, se lèvent de nouveau les poings de la révolte, que leurs enfants vivent leurs premières aventures sentimentales et professionnelles, voici venu, pour Hélène et Sandro, le temps des réussites de carrière et des incertitudes de la passion. Engagée dans le combat des droits des femmes, la défense de l'environnement et l'affrontement direct avec l'extrême droite, Hélène Barutti-de Portallan, que tous appellent désormais la " Mamy verte ", ouvre la voie politique à un de ses fils, Clément, ancien capitaine de l'Olympique de Marseille, devenu homme d'affaires.
    Dans la ville, la crise économique n'a jamais été aussi grave. L'industrie et le port sont exsangues. Le chômage atteint des sommets inconnus. Les espoirs insensés placés dans la création de Fos-sur-Mer sont largement déçus. Les vagues de l'immigration sont de plus en plus mal supportées. Pourtant, à la veille du XXIe siècle, Marseille la rebelle, encore une fois, relèvera la tête sous le choc des ethnies et des cultures - comme en 600 avant J.-C., quand Cryptis et Protis fondèrent la cité.

  • Le dandy rouge

    Eric Zemmour

    • Plon
    • 25 Août 1999

    L'histoire de Ferdinand Lassale, relatée par son secrétaire. Ce philosophe, amateur d'opéra et de femmes, ami de Chopin et de Wagner, fonda en 1863 le premier parti socialiste d'Europe. Il est mort, à quarante ans, dans un duel pour une femme. Pour son premier roman, l'auteur, journaliste, s'interroge sur les raisons qui font que certains passent à côté de leur destin.

empty