Arts et spectacles

  • Pierre Bonnard (1867-1947) a été le témoin de toutes les avant-gardes, des nabis aux surréalistes, en passant par les fauves et La Revue blanche ; il a tout vu, participé parfois, sans jamais se laisser assujettir. Il invente sa liberté, dans sa vie comme dans son travail. Etre de la sensation, sa peinture est une explosion de couleurs. Sur le motif, il saisit tout en un éclair et retourne peindre de mémoire à l'atelier, ce qu'il est l'un des rares à savoir faire.
    Scènes de rue, portraits, paysages, et des nus, des centaines de nus. Dans un même tableau, il sait mettre en scène l'intime intérieur et la luxuriance du jardin. Profondément libre, non conformiste, mais dénué d'arrogance, cet homme d'allure austère est un ami de Jarry : il chante sa Chanson du décervelage et lui confectionne des pantins pour son théâtre. Artiste d'origine bourgeoise, il mène cependant une existence modeste et alors que ses toiles se vendent bien, il les laisse partir à moindre prix.
    Mais le plus singulier chez ce peintre de la féminité est son rapport aux femmes : la troublante Misia, l'énigmatique Renée, et la très mystérieuse Marthe, la compagne de sa vie, qu'il photographie et peint inlassablement, nue, comme pour dévoiler ce qu'elle lui cache. Et sa peinture, aussi sensuelle, aussi apparemment simple soit-elle, s'avère travaillée de jeux de miroirs et de perspectives renversées, de part en part codée.

  • Chaïm Soutine est l'un des peintres les plus foudroyants de son siècle. Ses natures mortes aux volailles nous explosent en pleine face, ses paysages affolés, au bord du cataclysme, rendent visible le vent : quiconque a éprouvé le choc de leur vision ne s'en remet jamais tout à fait.
    Soutine est un peintre de légende : de par sa place dans l'histoire de l'art, mais aussi de par les mythes qui font flotter sur sa vie un halo d'incertitudes. Quand est-il né ? A-t-il été battu enfant ? Quelle est la véritable date de son arrivée à Paris ? Où a-t-il vécu ? Quel était son rapport aux femmes, aux amis, à l'argent ? À son art ? Comment Barnes, milliardaire américain, l'a-t-il découvert ? À chaque question, de multiples versions et contradictions viennent brouiller les pistes ; autant de voix qui, comme dans les morceaux de Bach (qu'il aimait tant), font de sa vie un vaste contrepoint fugué.
    Devant la brutalité du monde, la violence et la faim, devant la certitude tragique d'un dernier acte sanglant, Soutine a répondu. Lui, l'écorché vif, passant « de la vache enragée au boeuf écorché », a su mettre au point son système de défense et contre-attaquer. Sa peinture est une déflagration colorante qui frappe au plexus.

  • « Autobiographie imaginaire, certes, mais non fantaisiste, à laquelle le romancier ajoute le contexte social tel qu'il ap- paraît aujourd'hui dans les perspectives de l'histoire, et où chaque fait, chaque revirement de situation, chaque mal- heur prend la couleur du destin. Sans compter que la part d'ombre, la face cachée de toute existence, est comme de- vinée à travers les tableaux du peintre chronologiquement revus...
    D'ou bout à l'autre du livre, on entend deux voix qui n'en font, inextricablement, qu'une seule. C'est que Dallet, qui courait le risque de rester enfermé avec ses insatisfaites nostalgies de bout du monde, a su trouver un accent défi- nitif pour la sienne en s'identifiant sans réserve à son grand homme. Aussi Gauguin apparaît-il, à l'arrière-plan du livre, comme une figure protectrice : celle d'un homme tenant par la main un enfant émerveillé qui écoute son récit, et le guide à travers l'espace aveugle de l'écriture. » Hector Bianciotti.

  • Il est extraordinaire, ce nabe.
    Remuant, provocant, percutant, exalté, net. il pense que tout est foutu, mais qu'il reste encore une petite chance de s'ouvrir l'oreille. et pour lever toutes les équivoques, bien cadrer son art poétique, il est allé chercher l'irréfutable : le corps fait voix, l'âme des ténèbres, l'élégance incompréhensible du rythme incarné en femme : billie holiday. le coup est imparable : on aime ou on n'aime pas, à la folie, cette sainte lascive, ce génie des sinus.
    Arriver à rendre des phrases consistantes à ce sujet, et la cause d'un écrivain est entendue. il vous faudra donc compter avec ce monstre précis, décidé, tout jeune, niez-le si ça vous arrange, ça ne changera rien, il a d'ores et déjà sa place, toute sa place. " gagner quelques années sur monsieur manet : triste politique ! " dixit mallarmé. philippe sollers, 1986.

  • 1981.
    François Mitterrand est élu à la présidence de la République. La chanson française connaît dès lors l'une de ses plus intéressantes métamorphoses. Une nouvelle vague, comme on n'en avait pas connu depuis les yéyés, déferle sur les ondes. Cette compilation distingue quatre périodes. Elle commence avec les fondateurs (CharlElie Couture, Étienne Daho, Jean-Jacques Goldman, Indochine et Jean-Louis Murat).
    Viennent ensuite les stars des années 80 (L'Affaire Louis Trio, Patrick Bruel, Patricia Kaas, Marc Lavoine...), puis la nouvelle chanson des années 90 (Manu Chao, Enzo Enzo, Pascal Obispo, les Têtes Raides...). Et, enfin, la nouvelle nouvelle vague (Saez, Raphaël, Cox, Superflu, Dolly, Mickey 3D...). Une centaine de chansons à lire. En français dans le texte.

  • Art collectif, tribune de libre expression, mouvement à forte revendication sociale, le slam séduit, depuis quelques années, une foule d'habitués et de pratiquants occasionnels. Peu importe qu'il soit lu, crié, chuchoté, susurré, improvisé ou récité. Chaque soirée rassemble indistinctement poètes, rappeurs, improvisateurs, chanteurs, nouvellistes, versificateurs, tous animés d'une même passion dévorante pour l'écriture.
    Ces acrobates de la rime sont les héritiers de diverses traditions orales - troubadours, griots, repentistas, chansonniers, muezzins... -, et chacun revendique une filiation : Villon, Rimbaud, surréalistes, Beat Generation, Black Movement Arts, etc.
    Peut-on parler de nouvelle culture populaire ? Exutoire pour les uns, catalyseur d'énergie pour les autres, outil de libération, le slam permet, avant tout, de tendre un porte-voix à ceux qui ont peu ou rarement l'habitude de s'exprimer.

  • Une dizaine de portraits, dont le lauréat 2013 du prix Françoise Giroud, Mathieu Palain, sont rassemblés dans cette sélection. Ils sont issus de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels, ainsi que d'émissions de télévision.

  • Tout s'est joué dès l'enfance.
    Le far west, c'est l'idée idyllique et mensongère que l'entourage de Brel lui a enseignée dans l'espoir illusoire de le protéger. A la fin de l'adolescence, Brel se rend compte de la mystification sociale fomentée dans un contexte d'époque par la bourgeoisie catholique de son milieu provincial, et qui, sur fond de nostalgie, alimente l'ardeur vindicative d'un anarchiste rétro.
    De ce far west il va faire un mythe poétique (une île hors du monde et du temps, point d'orgue de la liberté aventureuse des nomades) qu'il s'ingéniera à organiser dans son oeuvre.
    De là, par fidélité à l'exigence rêveuse de son enfance, s'acharnera-t-il à atteindre " l'inaccessible étoile ". De là, par souci de perfection, par dégoût de là vie enlisée (de la vie amoureuse en particulier), et dans la conscience douloureuse de ses ratages, souffrira-t-il de l'inachèvement de son moi, renonçant à substituer le péché social au péché originel, rejoignant ainsi la grande tradition du romantisme.
    On ne lui avait pas donné le far west ; Brel a fini par en conquérir un, au terme d'une métamorphose plénière.
    Le fil rouge qui traverse la biographie de Brel sous-tend la trame de ses chansons.
    La lecture des textes révèle mieux les secrets profonds d'une sensibilité que les enquêtes anecdotiques du journalisme d'investigation. C'est par là, par la méthode de son analyse critique autant que par la qualité littéraire de son évocation, que l'essai biographique de Pol Vandromme tranche et se distingue.

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