• A Mon Repos, chacun a ses priorités : Papa, les éoliennes. Tonton André, son gramophone, l'Oncle Gabriel, le secret de la levure, Tante Athalie, le bon usage des rince-doigts. Blottie au milieu d'un champ de cannes à sucre en lisière du village de Pamplemousses, notre maison abrite une allégresse soyeuse, comme le lait de coco. Mais voici que se faufilent de nouvelles figures dans nos vies enchantées. Elles ne savent peut-être pas se servir d'un rince-doigts, mais nous appellent à prendre en charge notre propre destinée. La lutte pour l'indépendance de l'île Maurice vient de commencer. La peur balbutie ses premiers mots, son goût âcre se dépose sur nos existences. Hindous, musulmans, créoles apprennent à se méfier les uns des autres. Mais tous se retrouvent à la boutique du Chinois. Et Maman continue à piler son café sous la véranda.
    A. G.-G.

  • Devina

    Alain Gordon-Gentil

    Dans l'île du métissage et de la; coexistence pacifique, Rébecca, riche héritière d'une famille de sucriers de l'île Maurice, est retrouvée morte dans sa baignoire.
    Devina, la servante hindoue qui l'a élevée, veut savoir ce qui s'est passé. L'assassinat de la jeune femme fait ressurgir de vieilles rancoeurs assoupies. Des tentatives pour étouffer - l'affaire mettent te pays en ébullition. Les milieux politiques, le monde des affaires, la presse, les chefs religieux, ne peuvent rien pour endiguer les houles qui se lèvent. Rébecca devient le cri symbolique de toutes les douteurs, de toutes les couleurs.
    Sa mort coule sur l'île comme un filet de sang, irriguant des violences que L'on croyait à jamais évanouies. Puis tout s'arrête. Rébecca le disait souvent : vivre dans ce pays c'est sans cesse choisir entre le mensonge qui construit la paix et la vérité qui déclenche la guerre.

  • Delcourt est né à l'île Maurice. Il y a passé une jeunesse et une adolescence heureuses jusqu'à ce que le démon des voyages l'entraîne à s'exiler en Angleterre. Dans les années 30, il y poursuit des études nonchalantes. Il y rencontre Nehru mais ne réussit pas à s'intéresser aux combats pour l'indépendance qui passionnent ses compatriotes exilés. Delcourt préfère rêver, se laisser glisser au fil des jours dans l'attente de cet amour parfait auquel il se sait promis. Très sollicité par de nombreuses admiratrices séduites par son charme exotique, Delcourt se dérobe. Il restera vierge jusqu'à la rencontre avec cette femme qui l'attend quelque part, il en est sûr. Mais le temps passe. Les années passent et la chasteté commence à peser. En 1939, son père lui demande de rentrer à Maurice. C'est là qu'il rencontre enfin cette femme qu'il attendait depuis toujours. Elle s'appelle Marika, elle est juive et la guerre l'a chassée de Palestine jusqu'à ce camp de réfugiés à l'île Maurice qui ressemble à un camp de prisonniers. Le coup de foudre est violent, irrésistible et réciproque. Delcourt arrache Marika à sa détention et l'installe dans sa propriété. Ils vont connaître là quelques mois de bonheur absolu, d'amour éperdu. Ils ne se quittent jamais, ne se séparent jamais de plus d'une longueur de bras, savourant chaque minute de cette existence vouée à l'adoration réciproque. À la longue, l'amour exclusif devient invivable. Marika craquera la première et repartira en Palestine où l'appellent d'autres combats. Delcourt, lui, n'a jamais eu d'autres raisons de vivre que cet amour fou. Si on enlève l'amour, ne reste que la folie.

  • En 1967, les Mauriciens sont partagés entre ceux qui combattent pour l'indépendance de l'île et ceux qui, par crainte d'un effondrement économique, préfèrent rester sous domination britannique. Au coeur de ce conflit, Horace Baudelaire, journaliste de son état, a bien du mal à trouver sa place. Déjà qu'il n'est pas banal pour un Mauricien de descendre d'un des plus grands poètes français, ce si gentil garçon souffre d'un mal étrange : il trouve toujours de bonnes raisons pour agir à rebours de ses convictions les plus profondes. C'est ainsi que ce partisan sincère de l'indépendance défend la présence des Britanniques dans des articles brillants et enflammés qui lui valent le respect des communautés dominantes. Il va ainsi traverser toute la fin du XXe siècle, admiré et encensé pour des textes et des prises de position qui, à titre personnel, le désolent. Ce destin cruel, qui n'épargne pas sa vie amoureuse, le conduira au bord du suicide tout en le hissant jusqu'aux plus hautes positions sociales.
    Dans ce texte étonnant, on retrouve la verve et l'humour toujours un peu cruel d'Alain Gordon-Gentil qui peint avec une tendresse lucide cette société mauricienne qu'il connaît si bien.

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